Les modifications de la Condition féminine Canada

Présentation de l’ANFD sur la Colline du Parlement: le 6 décembre 2006, notre directrice des affaires juridiques, Andrée Côté, paraissait devant le Comité permanent sur la Condition feminine (FEWO) au sujet des coupures à Condition féminine Canada.

Pour la transcription complète, visitez le site Web du Comité permanent de la condition de la femme.

Mme Andrée Côté (directrice, Affaires juridiques, Association nationale Femmes et Droit):

Bonjour, madame la présidente. Je vous remercie beaucoup, vous et vos collègues, de cette occasion que vous nous donnez de nous adresser à votre comité.

C’est avec beaucoup d’émotion que je viens témoigner aujourd’hui, le 6décembre, devant cet important comité. Toute ma vie, je me souviendrai qu’à la suite du massacre de l’École Polytechnique, le 6décembre 1989, un silence froid s’est installé sur Montréal, un silence glacé qui pesait lourd sur le chemin à pic menant aux cercueils blancs des 14femmes assassinées. C’était un silence à ciel ouvert, celui de milliers de femmes et d’hommes terrassés par l’indicible douleur de cette attaque meurtrière commise par un homme fou de haine contre celles qu’il identifiait, à tort ou à raison, comme des féministes. C’est paradoxalement dans la décennie qui a suivi le massacre de l’École Polytechnique que des voix sexistes, misogynes et patriarcales, qui se taisaient depuis près d’un quart de siècle, ont recommencé à prendre droit de cité.

Depuis ce temps, on aura tant et si bien discrédité le féminisme dans certains milieux de droite que la ministre de la Condition féminine actuelle, Mme Bev Oda, se permettait de dire, lors d’une réunion avec des représentantes de groupes de femmes au mois d’octobre dernier, que celles qui dénoncent l’inégalité des femmes exagèrent, qu’elles victimisent les femmes et que, somme toute, elles sont toutes un peu hystériques. La ministre se trompe sérieusement dans sa caractérisation de la condition des femmes vivant au Canada et elle aurait intérêt à consulter les recherches financées par le Fonds de recherche en matière de politiques qu’elle vient tout juste de saborder.

En réalité, les décisions annoncées par le gouvernement conservateur vont désavantager les femmes et faire reculer la cause de l’égalité comme, par exemple, la décision de mettre fin au financement d’un réseau national de garderies et celle de ne pas adopter une loi sur l’équité salariale.

Par ailleurs, le changement dans le mandat et les critères de financement du Programme de promotion de la femme, PPF, représente un effort sans précédent de la part d’un gouvernement fédéral pour taire la voix des féministes, notamment celle des groupes qui interviennent auprès des gouvernements municipaux, provinciaux et fédéraux pour défendre les droits des femmes. Le PPF se propose maintenant de financer des services directs à des groupes de femmes particulièrement vulnérables, une initiative qui est sans doute nécessaire, mais certainement pas suffisante.

Le PPF ne soutiendra plus les groupes qui, comme l’Association nationale Femmes et Droit, ANFD, analysent des politiques gouvernementales, consultent les femmes de différentes communautés et régions, proposent des mesures susceptibles d’assurer le plein respect des droits à l’égalité des femmes et font la défense des droits et le démarchage politique à Ottawa, comme dans différentes juridictions dans tout le Canada et au Québec. En d’autres termes, il ne financera plus le travail qui est nécessaire pour obtenir un changement systémique, pour s’assurer que l’équité, l’égalité et la justice sociale guident réellement l’élaboration de toutes nos politiques et pratiques gouvernementales. Certains groupes seront durement touchés par cette décision. D’autres, comme l’Association nationale Femmes et Droit, risquent carrément de devoir cesser leurs opérations.

La perte de l’ANFD serait la perte d’une voix unique qui se fait entendre depuis 30ans sur la scène fédérale, une des rares voix à défendre les droits des femmes sur des enjeux névralgiques dans les domaines du droit de la famille, de la lutte contre la violence faite aux femmes, de la pauvreté, de l’équité salariale, de la protection des droits humains, de la réforme du droit de l’immigration et de la défense des droits constitutionnels et internationaux des femmes.

Il s’agirait d’une perte pour les groupes de base et les organisations provinciales et nationales au Québec et au Canada qui se réfèrent à nos analyses, qui participent à nos consultations et qui, par la suite, ont la capacité de participer au processus démocratique qui nous a menés, au fil des années, à réformer progressivement notre société en un espace plus respectueux de l’égalité des femmes. Il s’agirait aussi d’une perte pour les fonctionnaires, les comités parlementaires, les députés de tous les partis et les ministres qui, au fil des années, ont su bénéficier de notre expertise, de nos interventions et de nos recommandations.

Dans un contexte où les femmes demeurent largement sous-représentées dans les sphères politique et juridique, il est essentiel que des organisations féministes autonomes puissent avoir voix au chapitre dans l’élaboration des normes d’une société démocratique comme la nôtre.

L’ANFD enjoint le Comité permanent de la condition féminine à défendre le rétablissement du mandat original du Programme de promotion de la femme, centré sur la promotion de l’égalité des femmes, et à recommander non seulement le rétablissement du financement, mais l’augmentation du financement de Condition féminine Canada.

Finalement, nous lui demandons aussi de se pencher sur les recommandations du groupe d’expertes sur l’égalité des sexes qui a rendu son rapport cet été, et d’entreprendre une démarche pour déterminer quel cadre législatif serait le meilleur gage d’une action soutenue et stable du gouvernement fédéral en faveur du respect et de la promotion des droits à l’égalité de toutes les femmes du Québec, du Canada et des premières nations. Il ne faut pas que la voix des femmes, des groupes de femmes et des féministes soit réduite au silence.