
Alors que le gouvernement fédéral prépare son budget de l’automne 2026, l’Association nationale Femmes et Droit (ANFD) demande des investissements et des réformes législatives pour répondre à certains des défis les plus pressants auxquels les femmes sont confrontées au Canada, notamment la violence fondée sur le genre, l’insécurité économique et la discrimination.
L’égalité des genres n’est pas seulement une question de droits de la personne. C’est aussi un enjeu économique. On estime que les obstacles à la pleine participation des femmes à l’économie canadienne représentent 150 milliards de dollars en PIB non réalisé, tandis que la violence sexuelle entraîne à elle seule des coûts estimés à 14,8 milliards de dollars par année.
Le budget 2026 est une occasion de renforcer les systèmes et les organisations qui travaillent à réduire ces inégalités.
D’abord, le Canada doit investir dans les organisations qui œuvrent à long terme pour faire progresser les droits des femmes. L’ANFD demande 10 millions de dollars par année pendant cinq ans en financement de mission pour les principales organisations nationales de défense des droits des femmes. Ces organisations fournissent la recherche, l’expertise juridique, l’analyse des politiques et le travail de représentation nécessaires aux changements systémiques, mais plusieurs continuent de dépendre d’un financement par projet à court terme qui rend difficile le travail soutenu dans la durée.
Le Canada doit également renforcer sa réponse à la violence fondée sur le genre. Les personnes survivantes font encore face à d’importantes lacunes dans l’accès aux services, particulièrement dans les communautés rurales, éloignées et nordiques. L’ANFD demande 200 millions de dollars par année pendant cinq ans pour poursuivre le Plan d’action national pour mettre fin à la violence fondée sur le genre et 44 millions de dollars supplémentaires par année pour renouveler la stratégie fédérale. En parallèle, elle demande la création d’un poste indépendant de commissaire à la violence fondée sur le genre, doté d’un budget annuel de trois millions de dollars, afin de renforcer la responsabilisation et de suivre les progrès réalisés.
Protéger l’autonomie économique des femmes exige aussi de mettre fin à la discrimination dans l’assurance-emploi. Les personnes qui reçoivent des prestations de maternité et parentales, en très grande majorité des femmes, peuvent se retrouver sans accès aux prestations régulières d’assurance-emploi si elles perdent leur emploi pendant leur congé parental ou peu après leur retour au travail. L’ANFD demande au gouvernement de modifier la Loi sur l’assurance-emploi afin que le fait de devenir parent ne prive pas les travailleur·euses d’un filet de sécurité financière en cas de perte d’emploi. Le gouvernement devrait agir dès le budget 2026, sans attendre une réforme plus vaste de l’assurance-emploi, puisque la situation risque de toucher davantage de femmes et de familles dans le contexte actuel d’incertitude économique et commerciale.
Le budget 2026 doit aussi en faire davantage pour sortir les personnes handicapées de la pauvreté. Le taux et la gravité de la pauvreté chez les personnes handicapées, particulièrement les femmes handicapées, sont en hausse. La Prestation canadienne pour les personnes handicapées offre actuellement un maximum de seulement 200 $ par mois, un montant bien inférieur à ce qui est nécessaire pour lutter contre la pauvreté et couvrir les coûts supplémentaires associés au handicap. L’ANFD recommande de relever les seuils de revenu de la prestation, de déterminer l’admissibilité en fonction du revenu individuel plutôt que familial et de rendre remboursable le crédit d’impôt pour personnes handicapées.
Enfin, l’autonomie financière est indissociable de la sécurité. L’ANFD demande au gouvernement fédéral d’appuyer et d’adopter le projet de loi C-223, la Loi visant à assurer la protection des enfants, qui modifierait la Loi sur le divorce afin de s’attaquer au recours aux accusations d’« aliénation parentale » devant les tribunaux de la famille. Les femmes et les enfants ont besoin de cette protection pour assurer leur sécurité et contribuer à mettre fin à la violence familiale, qui compromet les possibilités économiques et la sécurité financière des femmes.
Le budget 2026 est l’occasion pour le gouvernement fédéral de faire des choix concrets quant aux infrastructures sociales dont le Canada a besoin. Investir dans les droits des femmes, prévenir la violence fondée sur le genre, renforcer les mesures de soutien au revenu et éliminer les obstacles discriminatoires contribuerait à bâtir un pays où les femmes et les personnes de genres divers peuvent vivre dans une plus grande sécurité, dans l’égalité et avec une plus grande autonomie financière.


