L’ANFD se joint à d’autres groupes de défense des droits des femmes pour demander au gouvernement du Canada de garantir une réponse genrée, rigoureuse et d’une grande portée au COVID-19

L’honorable Maryam Monsef
Ministre des Femmes et de l’Égalité des genres
Gouvernement du Canada

Chère ministre Monsef,

Au moment où nous écrivons ces lignes, les preuves continuent à s’accumuler indiquant que les impacts de la pandémie du COVID-19 sont différenciés selon le genre au Canada. Qu’il s’agisse du risque accru de violence en situation de confinement dans les foyers où il y avait déjà de la violence, de l’augmentation des responsabilités liées à la garde des enfants retirés des écoles et aux soins des adultes vulnérables, ou de la présence majoritaire des femmes en première ligne des soins de santé, des services sociaux et des autres secteurs de services, il est évident que les femmes sont les premières touchées par les effets de la pandémie et qu’elles sont au coeur des réponses qui y sont apportées.

Nous tenons à vous remercier pour les mesures que vous avez déjà prises et pour votre intervention rapide pour remédier à la situation critique en matière de violence fondée sur le genre.

Votre gouvernement s’est engagé à employer une approche féministe dans la définition de l’ensemble de ses politiques, et cet engagement s’est traduit par une intervention immédiate consistant à transférer des fonds d’urgence aux centres d’hébergement pour victimes d’agression sexuelle, lesquels connaissent une augmentation de la demande en raison des répercussions de l’isolement et de l’incertitude sur l’incidence de violence fondée sur le genre. Nous vous remercions d’avoir pris ces mesures et vous encourageons à mettre pleinement en pratique votre engagement envers l’analyse comparative entre les sexes plus (ACS+), surtout compte tenu des impacts différenciés selon le genre de la pandémie. Les mesures d’intervention d’urgence et les plans de redressement doivent nécessairement intégrer des normes de fond en matière d’égalité des genres ainsi que des approches féministes intersectionnelles afin de garantir que toutes les actions du gouvernement tiennent compte des populations les plus durement touchées et les plus à risque. Il faut porter une attention spéciale au fait que différents groupes de femmes, dans toute leur diversité, et chacun en fonction de sa propre marginalisation, subissent des impacts différents exigeant des interventions spécifiques et ciblées. C’est le cas par exemple des femmes handicapées qui dépendent de soignant-e-s, des femmes des Premières Nations, métisses et inuites qui vivent dans des logements surpeuplés et insalubres, des femmes racisées qui offrent des services de soins dans des situations d’emploi précaire, des femmes en situation d’itinérance et des femmes dont le statut d’immigration est précaire.

Les organismes de promotion des droits des femmes et de l’égalité des genres peuvent et doivent jouer un rôle central pour garantir une approche intersectionnelle et sensible au genre de cette crise et des mesures de redressement qui s’ensuivront. Nos organisations sont particulièrement bien placées pour aider le gouvernement à comprendre comment la pandémie touche différemment différentes populations. Les organisations qui composent le secteur de la promotion des droits des femmes et de l’égalité des genres représentent et soutiennent étroitement les communautés de femmes marginalisées et 2ELGBTQ+. C’est pourquoi elles peuvent être d’une aide précieuse pour définir des solutions appropriées à court et à long terme.

Les données sur l’emploi en mars indiquent que les femmes ont perdu leur emploi deux fois plus vite que les hommes dans les premières semaines du bouleversement. Près de la moitié d’entre elles étaient des femmes travaillant à temps partiel, dont un grand nombre occupaient des postes sous-payés dans le secteur des services et des soins et étaient déjà en situation financière précaire avant la pandémie. De plus, certaines des travailleuses les plus précaires ne sont pas admissibles à la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Le personnel de nos systèmes de soins primaires et de longue durée est surtout composé de femmes, et de manière disproportionnée de femmes racisées. Plus de 90 % des infirmières, 75 % des inhalothérapeutes, 80 % du personnel de laboratoire médical, 90 % des préposé-e-s aux services de soutien à la personne dans les centres de soins de longue durée et les soins à domicile, et plus des deux tiers des préposé-e-s à l’entretien de nos hôpitaux, écoles et immeubles à bureaux sont des femmes.

Votre gouvernement s’est fermement engagé à appliquer rigoureusement une analyse comparative entre les sexes plus (ACS+) à toutes ses décisions. Cet engagement ne doit pas être mis de côté dans cette situation d’urgence. L’une des clés de la réussite est la cueillette de données ventilées relatives aux impacts différenciés de la COVID-19 sur les différentes communautés et les différents genres.

Cette crise a exacerbé plusieurs des défis auxquels sont déjà confrontées de nombreuses organisations de femmes, en particulier celles qui dépendent de financements par projets, et menace la stabilité de ces organisations. Il y a eu des investissements considérables dans le secteur au cours des cinq dernières années, mais nombre d’organisations commencent tout juste à se reconstruire et dépendent encore du financement par projets ou de dons privés individuels pour poursuivre leurs activités quotidiennes.

Avec une main-d’oeuvre principalement féminine, une proportion importante du personnel du secteur des femmes se retrouve avec davantage de responsabilités en matière de soins aux enfants et aux parents âgés ou malades. Leurs salaires sont bas, et beaucoup n’ont pas accès aux congés de maladie payés ou à d’autres prestations. De nombreuses employées sont aux prises avec des inégalités croisées, ce qui accentue leur marginalisation dans des emplois précaires et sous-évalués.

Nous croyons avoir beaucoup à apporter au gouvernement dans sa réponse à la pandémie, et aimerions avoir l’occasion d’aborder avec vous les questions suivantes :

  1. Les lacunes immédiates dans le financement d’urgence du secteur des femmes et de l’égalité des genres, en particulier pour les organisations qui n’ont rien reçu des 200 millions de dollars initialement injectés dans la lutte contre l’itinérance et la violence fondée sur le genre; nous croyons qu’il faut porter une attention particulière aux besoins spécifiques des femmes autochtones, des femmes handicapées et des personnes 2ELGBTQ+.
  2. L’importance de garantir que toutes les politiques d’intervention du gouvernement en ce qui a trait à la COVID-19 soient élaborées dans un cadre d’analyse comparative entre les sexes + et intègrent une budgétisation sensible au genre, en tenant compte des besoins des personnes les plus durement touchées par des inégalités croisées.
  3. Les procédures et le financement favorisant la participation des organisations de défense des droits des femmes, de services aux femmes et d’égalité des genres, dans un rôle soutenu de développement d’interventions intersectionnelles éclairées par l’ACS+, pendant et après la pandémie.
  4. L’importance d’une stabilisation financière du secteur des femmes ancrée dans la reconnaissance des désavantages spécifiques auxquels ce secteur est confronté par rapport à d’autres organisations de bienfaisance ou à but non lucratif.

Nous vous remercions une fois de plus d’avoir pris des mesures pour venir en aide aux organisations qui doivent répondre à l’augmentation de la violence fondée sur le genre. Nous nous engageons à collaborer avec le gouvernement pour recueillir des données sur les impacts différenciés selon le genre de la pandémie de COVID-19, et pour soutenir une réponse tenant compte du genre qui soit rigoureuse et de grande portée. Nous serions heureuses de poursuivre cette conversation lors d’une table ronde, afin de discuter des impacts économiques différenciés selon le genre, des réalités de la prestation des soins, de la charge de travail non rémunéré assumée par les femmes et de la précarité du secteur dans son ensemble. Les organisations de promotion des droits des femmes et de l’égalité des genres jouent un rôle essentiel pour défendre les droits des femmes et renforcer la santé, la sécurité, le bien-être, la sécurité économique et le leadership des femmes dans toute leur diversité au Canada.

Nous sommes impatientes d’aborder ses sujets avec vous vendredi.

Cette lettre est signée par :

Endossée par :

Cc :

  • Le très honorable Justin Trudeau, premier ministre du Canada
  • L’honorable Chrystia Freeland, vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernementales
  • L’honorable Bill Morneau, ministre des Finances
  • L’honorable Carla Qualtrough, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’oeuvre et de l’Inclusion des personnes handicapées
  • L’honorable David Lametti, ministre de la Justice
  • L’honorable Ahmed Hussen, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social

Voir la lettre en entier ici.