La Mise à jour économique du printemps ne répond pas à la promesse du gouvernement Carney de protéger et de défendre l’égalité des femmes

29 avril 2026
29 avril 2026

Le Budget 2026 doit aller plus loin en investissant dans la stabilité économique, le leadership et la sécurité des femmes, afin de bâtir un Canada plus prospère et inclusif pour tous·tes.

Territoire Anichinabé /Ottawa, 29 avril 2026L’Association nationale Femmes et Droit (ANFD) salue les nouvelles mesures annoncées dans la Mise à jour économique du printemps pour lutter contre l’exploitation financière et soutenir les travailleur·euses. Ces initiatives s’ajoutent aux récentes actions visant à répondre à la crise du coût de la vie qui touche les personnes au Canada, et qui frappe particulièrement les femmes à faible revenu et les mères monoparentales, aux prises avec des difficultés pour se nourrir adéquatement, payer leur loyer et couvrir leurs besoins essentiels. Cependant, l’absence d’analyse comparative entre les sexes Plus (ACS Plus) dans cette Mise à jour est décevante. Lorsque les gouvernements ne prennent pas la peine d’évaluer et de communiquer les effets différenciés de leurs politiques et dépenses sur les femmes et les communautés marginalisées, les investissements publics risquent de renforcer les inégalités existantes plutôt que de faire progresser l’égalité des genres. 

À titre d’exemple, nous constatons que le programme « Une Équipe Canada forte », soutenu par un nouvel investissement de six milliards de dollars dans les métiers spécialisés, vise à offrir à 80 000 à 100 000 personnes la formation et les parcours professionnels nécessaires pour accéder à des emplois bien rémunérés dans les secteurs de la construction de logements, des infrastructures et des grands projets liés aux ressources naturelles. Mais ces investissements considérables ne peuvent favoriser l’égalité économique que si les femmes participent pleinement aux opportunités qu’ils créent et en tirent pleinement parti.  

Comme les emplois dans les métiers spécialisés au Canada sont majoritairement occupés par des hommes, le gouvernement fédéral doit appliquer rigoureusement une analyse comparative entre les sexes Plus élargie à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation de ce financement. Il doit aussi fixer des objectifs clairs et des mécanismes de responsabilisation afin de garantir que les femmes, y compris celles issues de communautés diverses et marginalisées, aient accès à la formation, aux apprentissages, aux mesures de soutien et à des emplois durables dans le cadre du programme de construction gouvernemental. 

À l’approche du Budget 2026 cet automne, l’ANFD exhorte le gouvernement à reconnaître les organisations nationales de défense des droits des femmes comme des partenaires essentiels dont l’expertise doit orienter les politiques fédérales, si le Canada veut progresser de manière significative vers une égalité réelle et bâtir un pays plus fort, plus indépendant et plus résilient pour tous·tes. 

L’ANFD appelle également le nouveau gouvernement majoritaire à faire preuve de l’ambition et de la détermination nécessaires pour mettre fin à l’épidémie de violence fondée sur le genre et s’opposer fermement aux mouvements régressifs qui s’efforcent d’éroder les droits des femmes au Canada et ailleurs dans le monde. 

L’ANFD presse le gouvernement de prendre les engagements suivants dans le Budget 2026 : 

  • Modifier la Loi sur l’assurance-emploi pour éliminer la discrimination envers les nouvelles mères et garantir que les personnes qui perdent leur emploi pendant leur congé parental, ou peu après leur retour au travail, demeurent admissibles aux prestations régulières. Mettre fin à cette discrimination ne devrait pas devoir dépendre d’une réforme globale du régime. 
  • Adopter le projet de loi C-223 (Loi modifiant la Loi sur le divorce) afin de mettre fin à l’utilisation stratégique des accusations d’« aliénation parentale » devant les tribunaux de la famille. Cette réforme est essentielle pour protéger les enfants victimes de violence familiale, trop souvent discrédité·es, revictimisé·es, voire contraint·es de suivre des « thérapies de réunification » afin d’imposer des contacts avec un parent violent. 
  • S’engager à sortir les personnes handicapées de la pauvreté en renforçant la Prestation canadienne pour les personnes handicapées, notamment en augmentant les seuils de revenu et en basant l’admissibilité sur le revenu individuel plutôt que familial. Par ailleurs, l’ANFD se félicite de la simplification des demandes de crédit d’impôt pour personnes handicapées, mais demande que d’autres réformes soient mises en œuvre, notamment pour en faire un crédit remboursable. 
  • Veiller à ce que les nouvelles mesures contre la violence armée entre partenaires intimes prévues dans l’ancien projet de loi C-21 sur les armes à feu soient mises en œuvre sans plus tarder, grâce à une réglementation stricte. 

L’ANFD demande également au gouvernement fédéral de s’engager à inclure les investissements suivants dans son Budget 2026 : 

  • Revenir sur la réduction annoncée du budget annuel de Femmes et Égalité des genres Canada, qui devrait diminuer de près de 50 % en 2027-2028 par rapport à 2025-2026. Cette réduction est essentiellement due au fait que l’investissement pour le Plan d’action national visant à mettre fin à la violence fondée sur le genre arrive à échéance en 2027. Il est essentiel de renouveler et de renforcer ce financement pour maintenir le leadership fédéral dans la lutte contre la violence fondée sur le genre. 
  • Accorder un financement opérationnel de 10 millions de dollars par année pendant cinq ans, à compter de 2027-2028, aux organisations nationales de défense des droits des femmes dont le mandat principal est de favoriser des changements systémiques en protégeant les droits des femmes, en mettant fin à l’épidémie de violence fondée sur le genre, et en renforçant la sécurité économique des femmes.  

Cet investissement permettrait d’aligner le financement opérationnel des principales organisations nationales de défense des droits des femmes sur celui que le gouvernement fédéral accorde habituellement à d’autres organismes à but non lucratif, notamment aux organismes nationaux de sportIl corrigerait également une lacune majeure du modèle actuel de financement par projets, qui ne permet pas de répondre à des enjeux structurels aussi enracinés que la violence fondée sur le genre et les inégalités économiques. Ces enjeux nécessitent un travail soutenu à long terme, comme celui réalisé par l’ANFD. 

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Qui nous sommes
L’Association nationale Femmes et Droit est une organisation féministe sans but lucratif qui promeut les droits des femmes à l’égalité par le biais de l’éducation juridique, de la recherche, et du plaidoyer en faveur de la réforme du droit.
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