En conversation avec l’ANFD – Dignité, sécurité et revenu de base garanti suffisant

19 février 2026
février 19, 2026

The National Association of Women and the Law (NAWL) hosting an important discussion at the Senate

Territoire Anichinabé /Ottawa, 19 février 2026 – Le mercredi 11 février, l’Association nationale Femmes et Droit (ANFD) a eu l’honneur d’animer au Sénat une discussion importante sur le rôle qu’un revenu de base garanti suffisant peut jouer pour renforcer la sécurité et la stabilité économiques des femmes et des personnes de genres divers au Canada. Au moment où les sénateur·rices examinent le projet de loi S-206, Loi relative au cadre national sur le revenu de base garanti suffisant, cet événement fut l’occasion pour les organisations de la société civile de partager des faits et des expériences vécues en matière de justice de genre, de droits des personnes handicapées, de logement et d’inégalités économiques.  

Parmi les participant·es figuraient les sénateur·rices Mary Coyle, Tony Loffreda, Julie Miville-Dechêne, Farah Mohamed, Chantal Petitclerc, Paulette Senior, une représentante du sénateur Brian Francis, ainsi que la députée Elizabeth May, aux côtés de panélistes représentant le Centre canadien pour l’autonomisation des femme, le groupe Handicap sans pauvreté, le Fonds d’action et d’éducation juridiques pour les femmes, le Réseau national des femmes pour le logement et la fin de l’itinérance, le réseau Women’s Network PEI / Conseil consultatif sur la situation de la femme de l’Île-du-Prince-Édouard, et la Yellowknife Women’s Society. 

Expert panelists representing the Canadian Centre for Women’s Empowerment, Disability Without Poverty, Women’s Legal Education and Action Fund, Women’s National Housing and Homelessness Network, Women’s Network PEI/PEI Advisory Council on the Status of Women and Yellowknife Women’s Society.

Passer de l’aide sociale à la sécurité du revenu 

« Le progrès d’un pays ne se mesure pas seulement aux avantages dont jouissent ceux qui possèdent beaucoup mais aussi à la façon dont il pourvoit aux besoins de ceux qui ont trop peu. Préférons la sécurité du revenu à l’aide sociale, l’argent aux services; l’espoir au laisser-aller et au désespoir. »
– Comité spécial du Sénat sur la pauvreté, 1971 

En introduction, Amanda Therrien, avocate à l’ANFD, a souligné le consensus de longue date entourant la sécurité du revenu: 

« Au cours des cinquante dernières années, les expert·es ont étudié la question de la pauvreté et sont arrivé·es à la même conclusion : un revenu de base garanti suffisant est un élément crucial de la solution. 

Cette recommandation perdure, non pas parce qu’elle est idéaliste, mais parce que la pauvreté est à la racine de nombreux problèmes sociaux et touche de façon disproportionnée les femmes et les personnes de genres divers. Assurer une stabilité du revenu constitue donc l’un des leviers les plus efficaces pour s’attaquer à ces inégalités à la source. » 

Les panélistes ont mis en lumière les réalités croisées qui font de la sécurité du revenu une question de dignité, de sécurité et d’égalité. 

Rabia Khedr, directrice nationale groupe Handicap sans pauvreté, a abordé l’impact disproportionné de la pauvreté sur les femmes handicapées, rappelant que la participation moindre au marché du travail, le coût de la vie plus élevé et l’aide au revenu insuffisante et conditionnelle enferment nombre d’entre elles dans un cycle d’insécurité économique et de dépendance. « Un revenu de base garanti suffisant offrirait un seuil de revenu stable qui tiendrait compte de ces réalités et réduirait l’exposition aux préjudices liés à la pauvreté. » 

« En fournissant un seuil de revenu fiable et digne, suffisant pour couvrir le coût du logement, de la nourriture, des transports et d’autres besoins essentiels à la survie, cette politique permettrait d’éradiquer la pauvreté qui est à l’origine de l’instabilité en matière de logement et de l’itinérance chez les femmes et les personnes de diverses identités de genre et de réduire leur dépendance à l’égard de systèmes d’aide sociale punitifs et insuffisants », a expliqué Stefania Seccia, directrice générale, plaidoyer et affaires publiques au Réseau national des femmes pour le logement et la fin de l’itinérance. 

Arlene Hache, directrice générale par intérim de la Yellowknife Women’s Society, a décrit comment l’insécurité du revenu est un facteur déclencheur qui piège les femmes dans des relations violentes, les empêche de quitter des logements surpeuplés ou non sécuritaires, particulièrement les femmes autochtones dans le Nord. Elle a souligné qu’un revenu de base garanti suffisant réduirait les pressions liées aux crises immédiates, permettant aux femmes de subvenir à leurs besoins fondamentaux tels que le loyer, la nourriture, le transport et la garde d’enfants sans avoir à naviguer dans des systèmes d’aide au revenu punitifs ou lourds sur le plan administratif.  

Cee Strauss, avocat·e principal·e au Fonds d’action et d’éducation juridique pour les femmes, a attiré l’attention sur la valeur économique considérable du travail ménager et de soins non rémunéré au Canada : « Entre 2015 et 2019, la valeur économique du travail ménager non rémunéré au Canada se situait entre 516,9 milliards de dollars et 860,2 milliards de dollars en 2019, selon la méthode d’évaluation utilisée. Ce travail de soins incombe de manière disproportionnée aux femmes à faible revenu et en particulier aux femmes racisées, ce qui réduit leur capacité à participer au marché du travail rémunéré dans la mesure où elles le pourraient autrement. Fixé à un niveau adéquat, un revenu de base garanti suffisant pourrait compléter ou remplacer le revenu d’emploi lorsque les femmes prennent soin de leur famille, de leur communauté et d’elles-mêmes. » 

Meseret Haileyesus, fondatrice et directrice générale du Centre canadien pour l’autonomisation des femmes, a abordé le rôle central de la violence économique dans le contexte des violences conjugales : « De nombreuses femmes se voient refuser l’accès à l’argent, voient leur salaire ou leurs prestations contrôlés ou confisqués, et se retrouvent avec une cote de crédit détériorée et des dettes cachées. Dans ce contexte, un revenu garanti et indépendant n’est pas un luxe. C’est une bouée de sauvetage qui permet aux femmes de quitter des situations de violence, d’éviter l’itinérance, de subvenir à leurs besoins fondamentaux et de commencer à reconstruire une vie dans la dignité. » 

Trish Altass, coordonnatrice de recherche au réseau Women’s Network PEI / Conseil consultatif sur la situation de la femme de l’Île-du-Prince-Édouard, a souligné l’expérience de l’Île-du-Prince-Édouard, démontrant que des années de mobilisation communautaire appuyée par des propositions entièrement budgétisées supportent la faisabilité d’un revenu de base garanti suffisant. 

Dans ses remarques de clôture, Amanda Therrien a rappelé que la stabilité du revenu est fondamentale pour la sécurité, l’autonomie et l’égalité réelle des femmes et des personnes de genres divers : 

« Qu’il s’agisse de la pauvreté liée au handicap, de l’instabilité du logement, du travail de soins non rémunéré ou des réalités des communautés nordiques et autochtones, un revenu de base garanti suffisant peut contribuer à réduire les compromis impossibles que les femmes et les personnes de genres divers doivent faire pour survivre, tout en offrant une voie non carcérale pour prévenir et combattre la violence entre partenaires intimes. » 

Nos sincères remerciements à la sénatrice Kim Pate pour avoir parrainé cette discussion essentielle et pour son leadership dans l’avancement de lois qui protègent et renforcent les droits et l’égalité des femmes au Canada. 

Cet événement a été rendu possible grâce au soutien de Femmes et Égalité des genres Canada (FEGC). 

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Qui nous sommes
L’Association nationale Femmes et Droit est une organisation féministe sans but lucratif qui promeut les droits des femmes à l’égalité par le biais de l’éducation juridique, de la recherche, et du plaidoyer en faveur de la réforme du droit.
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