Lettre ouverte aux ministres Bennett et Miller au nom des organisations de justice de genre et des droits de la personne en solidarité avec la Première Nation Tk’emlúps te Secwépemc et tous les peuples des Premières Nations, Métis et Inuits

L’honorable Carolyn Bennet, Ministre des Relations Couronne-Autochtones

L’honorable Marc Miller, Ministre des Services aux Autochtones

Gouvernement du Canada

 

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre :

Au nom des organisations nationales, régionales et locales de justice pour les genres et les droits de la personne, nous nous tenons solidaires avec la Première Nation Tk’emlúps te Secwépemc et tous les peuples des Premières Nations, métis et inuit, et honorons la mémoire des 215 enfants dont les restes ont été trouvés au pensionnat indien de Kamloops, en Colombie‑Britannique. Nous sommes de tout cœur avec les survivant.es des pensionnats indiens, leurs familles et tous les enfants qui ne sont jamais retournés dans les foyers d’où ils ont été pris.

Nous condamnons le génocide dont la Commission de vérité et réconciliation et l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ont trouvé le gouvernement du Canada responsable. En tant qu’organisations de justice des genres intersectionnelles féministes, nous nous opposons fermement au projet colonial qu’est le Canada – établi au moyen d’actions soutenues qui violent les traités, volent les terres et déclenchent la violence contre les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA+ des Premières Nations, métisses et inuites – et les pratiques eugéniques qui cherchent à effacer les Premiers peuples de l’Île de la Tortue.

Nous savons que les vérités de cette dernière semaine ne sont pas historiques, mais une réalité violente soutenue et un rappel tristement que tous les colonisateurs partout au Canada doivent agir sur les 94 Appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation et des 231 Appels à la justice de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Nous demandons au gouvernement fédéral de prendre des mesures immédiates et concrètes, en commençant par la mise en œuvre des appels à l’action 71 à 76 de la CVR sur les enfants disparus et l’information sur l’enterrement. Ce processus doit être dirigé par les communautés des Premières Nations, métisses et inuites concernées, et nous suivons leur direction, mais nous devons également demander au gouvernement de traiter le processus de découverte et d’enquête des lieux d’enterrement avec sérieux et avec respect. Ils doivent être traités avec le soin et l’attention spirituelle appropriés comme restes précieux des familles et des communautés. Il est d’une importance nationale que tous les restes, entièrement, soient considérés comme preuve de traumatisme et de génocide qui sera traité légalement.

De graves lacunes sont présentes dans les processus et l’invisibilisation au sein du Plan d’action national pour les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (FFADA). Il ne reconnaît pas les incapacités comme un élément d’identité des femmes et ne possède pas le soutien nécessaire pour les appuyer. À différentes étapes, il n’inclut pas les femmes métisses et les personnes 2ELGBTQQIA+. Tant que ces omissions ne sont pas réglées, l’action planifiée pour la mise en œuvre échouera pour les femmes, les filles, et les personnes 2ELGBTQQIA+ qui sont rendues de plus en plus vulnérables en raison de ces lacunes.

La réconciliation n’est pas une action passive, mais plutôt une action qui exige une perturbation active des pratiques coloniales ancrées dans les politiques et la législation, lesquelles continuent de nuire aux générations des Premières Nations, des Métis et des Inuit. La réconciliation, c’est la poursuite de la justice pour les communautés autochtones sur tous les fronts.

Cette poursuite de la justice inclut l’adoption rapide du projet de loi C-15 pour mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones par le gouvernement du Canada. Le Canada doit également mettre en action tous les mécanismes nécessaires pour mettre entièrement en œuvre le projet de loi S-3, inscrire les 270 000 femmes des Premières Nations et leurs descendants qui ont maintenant droit au statut et éliminer toute discrimination fondée sur le sexe dans la Loi sur les Indiens. Le gouvernement doit également mettre fin aux litiges contre tous les enfants des Premières Nations, métis et inuit.

En 2016, le Tribunal canadien des droits de la personne (TCDP) a jugé que les inégalités dans les services de protection de l’enfance du Canada avaient créé des incitatifs à retirer les enfants des Premières Nations de leurs foyers, de leurs familles et de leurs communautés. La professeur Marie Wilson, témoin devant le TCDP et ancienne commissaire de la Commission de vérité et de réconciliation, a décrit les préjudices vécus par les enfants des Premières Nations en raison du manque de financement des services de protection de l’enfance par le Canada comme comparables à ceux vécus par les survivants des pensionnats indiens. Le Canada doit se conformer immédiatement à la décision du Tribunal canadien des droits de la personne ordonnant une fin à la discrimination contre les enfants des Premières Nations dans la prestation de services de protection à l’enfance dans les réserves et la mise en œuvre intégrale du Plan de Spirit Bear pour mettre fin aux inégalités dans tous les services publics. À l’heure actuelle, il y a plus de Premières Nations, de Métis et d’Inuit dans le système de protection de l’enfance qu’il y en avait à l’époque des pensionnats indiens.

Les Premiers peuples de l’Île de la Tortue, à maintes reprises, ont demandé l’action du Canada pour faire respecter les traités, agir face aux recommandations des commissions d’enquête, prendre des mesures concrètes pour changer le racisme, la misogynie et le capacitisme qui sont au cœur du projet colonial colonisateur d’édification d’une nation. Nous devons agir. En tant qu’organisations nationales, régionales et locales de justice pour les genres et les droits de la personne, nous lançons l’appel pour des mesures immédiates, pas en temps de besoin, mais en constant rappel des préjudices faits aux peuples des Premières Nations, des peuples métis et des peuples inuit.

Nous continuons à travailler en vue de la réconciliation en suivant la direction des gouvernements, des communautés et des partenaires autochtones, pour travailler en solidarité et honorer la mémoire des vies perdues et blessées.

Signée par :

 

Action Canada pour la santé et les droits sexuels
AFAI
Battered Women’s Support Services
Centre canadien des politique alternatives
Centre canadien pour la diversité des genres et de la sexualité
Child Care Now – Un Enfant Une Place
Chinese & Southeast Asian Legal Clinic
Chinese Canadian National Council for Social Justice
Coalition pour l’équité salariale de Nouveau-Brunswick
Colour of Poverty Colour of Change
Conseil canadien des femmes musulmanes
Disability Justice Network of Ontario
Fédération canadienne des femmes diplômées des universités
Feminists Deliver
Fondation canadienne des femmes
Fonds d’action et d’éducation juridique pour les femmes (FAEJ)
Hébergement femmes Canada
Institut canadien de recherches sur les femmes ICREF
Keepers of the Circle
L’Association nationale Femmes et Droit
Le Conseil National des Femmes du Canada
OCASI-Ontario Council of Agencies Serving Immigrants
Oxfam Canada
Platform
Réseau d’action des femmes handicapées du Canada
Réseau Enchanté
South-Asian Legal Clinic of Ontario
West Coast LEAF
WomenattheCentrE
Women’s National Housing and Homelessness Network

Cc Premier ministre Trudeau
Vice-première ministre Chrystia Freeland
Ministre des Femmes et de l’Égalité des genres Maryam Monsef