Le Canada doit protéger les droits des travailleuses du sexe pendant la COVID-19 en garantissant l’accès à un soutien financier d’urgence

Ministre Maryam Monsef
Ministre des femmes, de l’égalité des sexes et du développement économique rural
22 rue Eddy
Gatineau, QC J8X 2V6

OBJET: Un revenu de soutien d’urgence pour les travailleuses du sexe est nécessaire de toute urgence

Cher ministre Monsef,

Merci de votre engagement indéfectible en faveur des droits des femmes et de l’égalité des sexes, y compris votre action rapide pour mobiliser des fonds pour faire face aux impacts spécifiques au genre durant la pandémie. Nous vous écrivons pour insister sur le fait que – conformément à votre mandat de veiller à ce que l’ACS + soit menée dans toutes les décisions du gouvernement – vous vous assurez que les travailleuses du sexe, les autres femmes et les personnes avec d’autres identités de genre travaillant dans des économies informelles et des contextes criminalisés ne sont pas exclus de la réponse à la COVID-19.

Les travailleuses du sexe sont l’un des groupes les plus marginalisés au Canada. Depuis le début de la pandémie, de nombreuses travailleuses du sexe ont cessé le travail du sexe par contact direct pour se conformer aux directives relatives à l’éloignement social. D’autres sont sans travail avec la fermeture des clubs de danse érotique et des salons de massage. Certaines travailleuses du sexe – y compris les plus marginalisées – ne sont pas en mesure d’arrêter de travailler et font face à un risque accru de surveillance. La plupart des travailleuses du sexe ont brusquement perdu tous leurs revenus, mais en raison de la nature précaire et criminalisée de leur travail, de nombreuses travailleuses du sexe ne sont pas éligibles au PCU ou à d’autres aides d’urgence au revenu.

À l’échelle internationale, l’ONUSIDA a publié une déclaration à la presse le 8 avril 2020, soulignant la préoccupation que «la pandémie de COVID-19 place les travailleuses du sexe du monde entier face à des épreuves, à une perte totale de revenus, ainsi qu’à une hausse de la discrimination et du harcèlement». La déclaration a noté que «lorsque ces personnes sont exclues des ripostes à la COVID-19 pour ce qui est de la protection sociale, elles se retrouvent confrontées au choix difficile de mettre leur sécurité, leur santé et leur vie en danger juste pour survivre». L’ONUSIDA «invite les pays à prendre des actions essentielles et immédiates dans le respect des droits humains afin de protéger la santé et les droits des travailleuses du sexe», notamment en garantissant «L’accès aux programmes nationaux de protection sociale pour les travailleuses du sexe, y compris aux plans d’aide liés à la perte de revenus».

Face à cette situation, de nombreuses organisations de travailleuses du sexe à travers le Canada ont organisé des collectes de fonds communautaires, accordant dans la plupart des cas des allocations de $100 aux travailleuses du sexe. Mais $100 n’est pas suffisant pour que les travailleuses du sexe puissent couvrir les frais de logement, de nourriture et d’autres éléments essentiels pour leurs familles.

Les travailleuses du sexe sont stigmatisées et ciblées par le public, les forces de l’ordre et le gouvernement, et de nombreuses travailleuses craignent légitimement la discrimination et évitent tout contact avec le gouvernement et les services sociaux. Les travailleuses plus marginalisées peuvent ne pas avoir de compte bancaire. La criminalisation du travail du sexe est un obstacle direct pour les travailleuses du sexe qui ne peuvent pas et ne veulent pas risquer d’interagir avec les agences gouvernementales. Cela signifie que tous les efforts du gouvernement pour inclure ces communautés marginalisées dans le soutien du revenu d’urgence doivent s’appuyer sur des organisations de la société civile ayant de solides liens communautaires qui sont les mieux placées pour recevoir des fonds et les acheminer directement vers les personnes qui en ont besoin, et peuvent assurer l’anonymat et la sécurité.

Le Premier ministre a déclaré: «Pour nous protéger, il faut d’abord nous protéger les uns les autres.» Afin de se protéger mutuellement et de faire en sorte que les droits humains soient au cœur de la réponse du Canada en cas de pandémie, la réponse du gouvernement fédéral en cas de pandémie doit reconnaître les vulnérabilités de certaines communautés et être non discriminatoire. Le Canada doit garantir l’égalité d’accès au soutien du revenu pour les travailleuses du sexe.

Madame la Ministre Monsef, nous vous demandons de prendre des mesures pour vous conformer aux recommandations urgentes de l’ONUSIDA. Comme premières étapes immédiates qui devraient inclure:

  1. d’allouer d’urgence des fonds aux organisations de la société civile travaillant directement avec les travailleuses du sexe, avec des mécanismes d’octroi flexibles permettant aux organisations de transmettre des fonds à l’aide de cartes de débit prépayées et d’autres méthodes à faible barrière aux communautés qu’elles servent; et
  2. de rencontrer des organisations de défense des droits des travailleuses du sexe pour discuter de leurs préoccupations et élaborer conjointement des stratégies de réponse.

Nous nous félicitons vivement de la rapidité avec laquelle votre ministère a transféré des fonds à Refuge pour femmes Canada, ce qui a permis à cette organisation d’affecter des fonds directement aux refuges pour femmes à travers le pays. Nous vous demandons de faire de même pour garantir que certaines des femmes les plus marginalisées et des personnes avec d’autres identités de genre aient le même accès aux soutiens au revenu d’urgence que les autres sans emploi à travers le Canada.

Nous espérons avoir de vos nouvelles bientôt. L’Alliance canadienne pour la réforme des lois sur le travail du sexe, une alliance de 26 groupes de défense des droits des travailleuses du sexe à travers le Canada – dont la majorité est dirigée par et pour des personnes qui vendent ou échangent des relations sexuelles – est disponible pour vous rencontrer virtuellement le plus tôt possible pour discuter plus en détail cette question. Pour plus d’informations et pour planifier une réunion, veuillez envoyer un courriel à Jenn Clamen, coordonnatrice nationale, à contact@sexworklawreform.com. Nous prévoyons de publier cette lettre ouverte le 30 mai et nous espérons pouvoir inclure d’ici là des informations actualisées sur la réponse du gouvernement à ces préoccupations.

Merci beaucoup pour votre attention concernant ce problème urgent des droits humains. Nous attendons avec impatience d’avoir de vos nouvelles de votre part et de vos fonctionnaires.

CC: Ministre Chagger Bardish, ministre de la diversité et de l’inclusion; La ministre Karla Qualtrough, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’inclusion des personnes handicapées; La ministre Patty Hajdu, ministre de la Santé; et le ministre David Lametti, ministre de la Justice