Déclaration pour la Campagne du 10 décembre en faveur de l’égalité et des droits humains des femmes

La Déclaration du 10 décembre en faveur de l’égalité et des droits humains des femmes à été communiquée aux médias lors d’une conférence de presse qui se tenait le 10 décembre 2006 sur la Colline du Parlement à Ottawa pour souligner la Journée internationale des droits de la personne.

Elle prouve l’insatisfaction généralisée de la population canadienne face aux décisions gouvernementales de miner l’accès des femmes à la justice et de nier les réalités qu’elles vivent comme travailleuses, pourvoyeuses de soins et citoyennes. Ces décisions érodent la capacité des femmes à participer au processus démocratique et menacent nos droits à l’égalité et nos droits humains. Elles sont un affront à toutes les Canadiennes et les Canadiens qui ont à coeur de vivre dans une société juste et équitable. Finalement, ces décisions ternissent la réputation de leader international des droits de la personne dont jouit le Canada.

Déclaration pour la Campagne du 10 décembre en faveur de l’égalité et des droits humains des femmes

Le 10 décembre 2006, Journée internationale des droits de la personne des Nations Unies, marquera le 25e anniversaire de la ratification par le Canada de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes de l’ONU (CEDEF). Plutôt que de célébrer ce jalon historique, les femmes du Canada se mobilisent pour s’assurer que les gouvernements honorent et respectent leurs engagements nationaux et internationaux envers les droits humains. Depuis plusieurs mois déjà, le gouvernement fédéral adopte des mesures qui font fi des réalités de la plupart des femmes et restreignent leur accès à la justice, en plus de se désister de ses propres engagements à promouvoir les droits humains des femmes.

Déni de réalité
En 2006, le gouvernement fédéral a effectué plusieurs changements qui portent gravement atteinte aux droits des femmes à l’égalité. Ces changements comprennent notamment des coupures de 40% au budget de Condition féminine Canada et la fermeture de douze bureaux régionaux de ce ministère. Ce sont des mesures qui témoignent d’une profonde méconnaissance des réalités que vivent les femmes. Pour justifier ces mesures, la ministre Beverley Oda a déclaré que les femmes sont fortes, qu’elles ont déjà atteint l’égalité et n’ont plus besoin de ces politiques et de ces soutiens juridiques pourtant essentiels. Même si nous reconnaissons que les femmes du Canada ont acquis certains droits formels à l’égalité, nous savons qu’il reste encore beaucoup à faire pour que toutes les femmes au pays bénéficient d’une égalité de fait.

Par exemple, les salaires des femmes sont un bon indicateur des inégalités persistantes. Elles gagnent toujours, en moyenne, 71 sous pour chaque dollar gagné par les hommes, plaçant le Canada au 38e rang mondial en termes d’écart salarial. Les femmes racialisées et les femmes autochtones gagnent encore beaucoup moins. Leurs revenus annuels moyens s’élèvent, respectivement, à 16621$et13300$. Pourtant, le gouvernement fédéral a décidé de ne pas adopter une nouvelle loi sur l’équité salariale. De plus, même si 70% des mères font partie de la population active, le Canada ne dispose toujours pas d’un programme national de services de garde. Selon la Toronto Community Foundation, dans la seule ville de Toronto, plus de 10000 enfants sont inscrits sur des listes en attente d’une place subventionnée en garderie. Pourtant, le gouvernement fédéral a décidé d’abolir le financement du programme national de services de garde.

Déni d’accès
Les femmes sont désormais privées d’accès à la justice à plusieurs niveaux. Au cours de l’année 2006, le gouvernement fédéral a éliminé tout financement du Programme de contestation judiciaire, retiré la réalisation de l’égalité du mandat du Programme de promotion de la femme de Condition féminine Canada et interdit l’utilisation de fonds fédéraux, à tous les paliers de gouvernements, pour la plupart des activités de recherche et pour toutes les activités de revendication de droits et de lobbying. D’autres décisions politiques ont également contribué à priver les femmes d’un accès à l’égalité et à leurs droits. Notons, par exemple, les coupures aux programmes d’alphabétisation, l’absence de soutien aux femmes et aux hommes sans abri, le refus de respecter le Protocole de Kyoto, la décision de ne pas respecter l’Accord de Kelowna de même que l’obstruction du Canada à l’adoption de la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones.

Déni d’égalité
Plutôt que de promouvoir l’égalité des femmes, le gouvernement fédéral entrave gravement leur capacité à s’organiser et à mener des activités de défense de droits et de lobbying. Les droits à l’égalité des travailleuses ne sont pas protégés et on a restreint leurs possibilités de contester des situations de discrimination devant les tribunaux. Les protections démocratiques du Canada sont érodées et notre héritage de champion international des droits humains est sérieusement menacé.

Monsieur le Premier ministre Stephen Harper, respectez votre engagement
Nous, soussignées, pressons le Premier ministre Harper de s’acquitter de son propre engagement électoral à respecter les droits à l’égalité et les droits humains des femmes du Canada. Durant la campagne électorale de 2006, Monsieur Harper a déclaré:

«Si je suis élu, je m’engage à prendre des mesures concrètes et immédiates, comme l’ont recommandé les Nations Unies, pour m’assurer que le Canada s’acquitte entièrement de ses engagements envers les femmes du pays.» (Le 18janvier 2006).

Le Premier ministre Harper ne respecte pas son engagement. L’approche adoptée par le gouvernement menace les efforts historiques du Canada en vue de réaliser la pleine égalité des femmes et bafoue leurs droits humains ici même, dans notre pays. Plutôt que de s’acquitter de son engagement, le Premier ministre a méconnu l’expérience que vivent des millions de femmes au Québec et dans le reste du Canada pour justifier les mesures prises par son gouvernement.

Le 10 décembre 2006, nous demanderons au gouvernement de:
Renverser ses décisions politiques sur les services de garde, l’équité salariale, le Programme de contestation judiciaire, Condition féminine Canada et le Programme de promotion de la femme.

Mettre en oeuvre les recommandations du Comité sur la CEDEF en améliorant les conditions de vie et en reconnaissant les droits humains des femmes autochtones, en prenant des mesures efficaces pour corriger la violence faite aux femmes et la pauvreté des femmes, en bonifiant les prestations de maternité et parentales, en finançant l’aide juridique en matières civiles, en changeant les lois sur l’immigration pour respecter les droits des aides familiales résidantes et en garantissant une participation plus équitable des femmes dans les institutions politiques.

Les femmes, parce qu’elles sont fortes, déterminées et dynamiques, refusent d’accepter une érosion de droits à l’égalité durement acquis et toujours fragiles. Les femmes ne vivent pas dans la pauvreté, comme mères, pourvoyeuses de soins et aînées, par pure faiblesse ou par manque de confiance en soi. Elles ne choisissent pas de subir la violence de leurs partenaires, de membres de leurs familles ou d’étrangers. Elles ne souhaitent pas se voir retirer leurs enfants par manque d’accès à des logements sécuritaires et abordables. Elles n’ont pas choisi d’être sous-représentées dans la vie politique canadienne ou d’être sous-payées dans nombre de milieux de travail dans tout le pays. Les femmes, les organisations de femmes et celles et ceux qui nous appuient ont néanmoins choisi de se rassembler pour demander à ce gouvernement de changer d’orientation et de promouvoir le respect collectif de l’égalité et des droits humains des femmes.

Sincèrement,
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