
Le Budget fédéral 2026 promet de placer les gens au cœur de ses priorités, mais il ne répond pas aux besoins urgents des femmes en matière de sécurité et de stabilité économique.
Territoire anichinabé / Ottawa, le 6 novembre 2026 – L’Association nationale Femmes et Droit (ANFD) est profondément déçue que le Budget 2026 ne donne suite à aucune des principales recommandations qu’elle a formulées dans son mémoire prébudgétaire. Ces recommandations comprenaient notamment l’octroi d’un financement de fonctionnement stable et à long terme aux organisations nationales de défense des droits des femmes, l’élimination des règles discriminatoires de l’assurance-emploi qui continuent de pénaliser les nouvelles mères, ainsi que l’augmentation de la Prestation canadienne pour les personnes handicapées afin de leur permettre de sortir de la pauvreté.
Il s’agit d’enjeux urgents qui ont des répercussions directes sur l’égalité des femmes, leur sécurité économique et leur accès à la justice. L’inaction du gouvernement face à ces recommandations est d’autant plus préoccupante que sa propre analyse comparative entre les sexes Plus (ACS Plus) relève 72 mesures budgétaires qui profiteront principalement aux hommes, contre seulement 19 qui profiteront principalement aux femmes.
L’ANFD salue néanmoins plusieurs mesures importantes du Budget 2026, dont plus de 50 milliards de dollars pour faire progresser la réconciliation et offrir aux peuples autochtones un financement prévisible et à long terme pour leurs programmes essentiels. Elle accueille aussi favorablement l’octroi de 60 millions de dollars sur quatre ans, à compter de 2027-2028, et de 15 millions de dollars par année par la suite pour renouveler le Plan d’action fédéral 2ELGBTQAI+, ainsi que les 136,3 millions de dollars alloués sur quatre ans pour poursuivre la mise en œuvre de la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires.
Une reconnaissance, mais aucun engagement de financement stable pour les organisations nationales de défense des droits des femmes
L’ANFD se réjouit que le gouvernement reconnaisse le rôle essentiel que jouent les organisations nationales de défense des droits des femmes dans l’infrastructure politique et démocratique du Canada, et qu’il s’engage à examiner la meilleure façon de préserver leur expertise, leurs réseaux et leur savoir institutionnel.
Il est toutefois décevant que le gouvernement ne se soit pas engagé à fournir un financement opérationnel aux principales organisations pour leur permettre de protéger les droits des femmes, de lutter contre l’épidémie de violence fondée sur le genre et de favoriser la sécurité économique et la prospérité des femmes. Avec ce nouveau Budget, les organisations nationales de défense des droits des femmes restent privées du soutien opérationnel stable que le gouvernement fédéral accorde à d’autres organisations nationales, notamment à plus de 60 organismes nationaux de sport dont le financement vient d’être doublé.
Lutter contre l’épidémie de violence fondée sur le genre
Le Budget 2026 prolonge le Plan d’action national pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe pour toute la durée de son mandat de dix ans, en y consacrant 607,4 millions de dollars sur quatre ans à compter de 2027-2028. Cet investissement est essentiel pour combler les lacunes dans les services offerts aux personnes survivantes, en particulier dans les collectivités rurales, éloignées et nordiques.
Ce montant demeure toutefois insuffisant pour financer pleinement la poursuite du Plan d’action. L’ANFD réclamait 200 millions de dollars par année au cours des cinq prochaines années, à compter de 2027-2028, afin de maintenir et de renforcer les services et le soutien offerts aux personnes survivantes.
L’ANFD déplore également que le Budget ne renouvelle pas le financement d’une stratégie fédérale globale sur la violence fondée sur le genre, qui permettrait de coordonner et de renforcer l’action à l’échelle nationale. Dans son mémoire prébudgétaire, l’ANFD demandait un financement continu de 44 millions de dollars par année pour soutenir ce travail.
Assurance-emploi : une réforme pour les apprentis (majoritairement des hommes), mais rien pour les nouvelles mères ni pour corriger les autres formes de discrimination dans le régime
Le Budget 2026 ne répond pas à la nécessité urgente de garantir que les personnes qui perdent leur emploi pendant un congé parental, ou peu après leur retour au travail, demeurent admissibles aux prestations régulières d’assurance-emploi.
En septembre, dans l’arrêt Chalifour-Racine c. Canada, la Cour d’appel fédérale a statué que les règles actuelles portent atteinte au droit des femmes à l’égalité garanti par la Charte, et a donné un an au Parlement pour les rendre conformes. Comme l’a souligné la Cour, le prix à payer pour recevoir des prestations de maternité et des prestations parentales prévues par la législation est d’être privé du droit à des prestations de perte d’emploi, un prix que les femmes paient de façon disproportionnée.
La solution est simple : abroger le plafond de 50 semaines applicable au cumul des prestations régulières et spéciales, et porter la période de prestations à 104 semaines pour les parents qui reçoivent des prestations de maternité et parentales.
L’ANFD exhorte le gouvernement à inclure ces modifications dans la Loi d’exécution du Budget. L’Association publiera également sous peu un rapport documentant d’autres formes de discrimination fondée sur le genre dans le régime d’assurance-emploi, auxquelles il est urgent de remédier.
Les personnes handicapées laissées dans la pauvreté
L’ANFD s’inquiète vivement que le Budget 2026 ne relève pas les seuils de revenu de la Prestation canadienne pour les personnes handicapées et ne fonde pas l’admissibilité sur le revenu individuel plutôt que sur le revenu familial. Telle qu’elle est conçue actuellement, la prestation ne permet pas de sortir les personnes en situation de handicap de la pauvreté, ce qui touche de façon disproportionnée les femmes, déjà confrontées à d’importants obstacles économiques.
Le montant de la prestation doit augmenter, et l’admissibilité doit reposer sur le revenu individuel plutôt que familial, afin que les personnes handicapées puissent obtenir le soutien financier dont elles ont besoin. L’ANFD se joint aussi à DAWN Canada pour réclamer que le crédit d’impôt pour personnes handicapées devienne remboursable (tout comme le Budget 2026 rend remboursable le crédit canadien pour aidant naturel).


