Mémoire de l'ANFD sur le Projet de loi C-71, Loi modifiant certaines lois et un règlement relatifs aux armes à feu

Résumé
Dans ce mémoire1L’ANFD tient à remercier le travail de Lydia Blois dans la préparation de ce mémoire., l’ANFD se fait l’écho des voix d’autres organisations de femmes en appuyant les mesures que le gouvernement a prises dans le projet de loi C-71 pour mieux protéger la sécurité publique, et réitère sa demande qu’elle soit encore renforcée pour mieux protéger les femmes et les enfants.
Nous félicitons le gouvernement d’avoir supprimé la disposition de la Loi sur les armes à feu2Loi sur les armes à feu, L.C. 1995, ch. 39, par. 5(2). qui limitait l’examen des critères d’admissibilité à une période de cinq ans seulement. L’ANFD soutient l’approche qui prévoit la prise en compte de l’ensemble du cycle de vie d’une personne lorsqu’il s’agit de déterminer si elle devrait être jugée admissible à l’obtention d’un permis d’armes à feu. L’ANFD appuie également l’abrogation de la disposition permettant au gouverneur en conseil de réduire la classification d’une arme à feu lorsqu’elle répond à un critère plus élevé prescrit dans le Code criminel, et le rétablissement de la classification prohibée de deux groupes d’armes à feu, soit les carabines CZ-858 et la famille de carabines Swiss Arms (dont la classification avait été réduite par le gouvernement précédent en 2015).
Bien qu’elle appuie généralement le projet de loi C-71, l’ANFD recommande qu’il soit encore renforcé de la façon suivante :
- Fournir un mécanisme permettant aux services policiers d’avoir accès aux dossiers des ventes d’armes à feu que les entreprises seront tenues de conserver, sans qu’il soit nécessaire de demander un mandat;
- Lorsque les ventes d’armes à feu sont déclarées au Programme canadien des armes à feu (PCAF), le PCAF doit être en mesure de tenir un registre de cette vente;
- Exiger que les vendeurs privés tiennent des registres de la vente de toutes les armes à feu et de leurs acheteurs;
- Inclure une vérification plus approfondie pour les permis d’armes à feu, surtout en ce qui concerne la violence familiale et les problèmes de santé mentale.
Ces recommandations sont nécessaires pour renforcer davantage le projet de loi C-71 afin qu’il réponde mieux aux préoccupations des femmes et des enfants en matière de sécurité. Le moment est venu de renforcer les lois canadiennes sur le contrôle des armes à feu et de rendre le Canada plus sûr pour les femmes et leurs enfants, y compris ceux qui font face à la violence familiale.
Introduction
Dans ce mémoire, nous faisons écho aux voix d’autres organisations de femmes qui appuient les mesures prises par le gouvernement dans le projet de loi C-71 pour mieux protéger la sécurité publique. Les Canadiens sont en faveur d’un contrôle plus rigoureux des armes à feu. Un récent sondage a révélé que 81 % des Canadiens conviennent que « la propriété privée d’armes d’assaut semi-automatiques à des fins récréatives ne devrait pas être légale au Canada », avec un soutien identique dans les zones urbaines et rurales33 Sondage Environics Research1, comme mentionné dans le communiqué de PolySeSouvient, Victimes déplorent un projet de loi qui ne prévoit que le strict minimum et ne priorise pas la sécurité publique, 20 mars 2018, http://polysesouvient.ca/Documents/PRSS_18_03_20_Reaction_ProjetDeLoi_Goodale.pdf; [« Victimes déplorent un projet de loi »].. Un autre sondage récent montre que 85 % des répondants étaient en faveur « [d’interdire] la possession privée d’armes d’assaut militaires et de fusils de tireur d’élite par des civils4Un sondage publié par Policy Options, comme mentionné dans « Victimes déplorent un projet de loi ».».
L’ANFD appuie expressément les recommandations de la Coalition pour le contrôle des armes (la Coalition), un organisme qui a été fondé à la suite du massacre de Montréal et le seul organisme national à but non lucratif qui travaille à réduire le nombre de blessures, de décès et de crimes au Canada.
Comment le contrôle des armes à feu affecte les femmes
L’ANFD préconise également d’autres modifications qui renforceraient davantage le projet de loi C-71 afin de mieux protéger les femmes et les enfants.
Bien que les armes à feu et les gangs constituent une menace pour la sécurité publique, le discours sur la réglementation des armes à feu doit être élargi pour inclure une analyse comparative entre les sexes qui tient compte de la façon dont les armes à feu affectent les femmes de façon disproportionnée. Comme l’a déclaré Colette Prevost, directrice du plaidoyer pour la YWCA Canada : Les armes à feu sont en évidence dans le cycle de la violence envers les femmes, et les données sont claires : lorsqu’il y a présence d’armes à feu, les femmes et leurs enfants sont plus susceptibles d’être tués. Les mesures de contrôle des armes à feu sont liées à une chute accélérée des meurtres de femmes commis avec des armes à feu, et il n’y a aucune preuve d’effets de substitution. Il faut voir la situation avec les yeux des femmes si nous voulons faire progresser la législation progressive des armes à feu dans ce pays. Pour chaque femme tuée ou blessée par une arme à feu, des milliers d’autres vivent avec la menace quotidienne d’une telle violence5Federal Government Takes Important First Step [TRADUCTION]..
La Clinique Barbra Schlifer insiste également sur les points suivants : « il est essentiel de comprendre pourquoi les femmes sont si vulnérables aux armes à feu. Ce n’est pas seulement la vulnérabilité intense créée par la victimisation dans leurs relations les plus intimes et souvent dans leurs propres maisons, mais aussi le fait que les femmes sont presque toujours des victimes et non des propriétaires d’armes à feu6Mémoire de la requérante, Clinique Barbra Schlifer, 10 avril 2014, dans l’affaire Barbra Schlifer Commemorative Clinic v. Canada, 2014 ONSC 5140, 121 O.R. (3d) 733, art. 161, notes de bas de page omises [Mémoire de Barbra Schlifer] [TRADUCTION].. » Les problèmes auxquels sont confrontées les femmes en matière de violence armée ne peuvent être réglés simplement en mettant l’accent sur les mesures d’application de la loi visant à mettre fin à la vente illégale d’armes à feu, car « au Canada, la majorité des armes à feu utilisées pour tuer les femmes ne sont pas des armes à feu de contrebande ou des armes à feu détenues illégalement – elles sont des carabines et des fusils de chasse légalement détenus. Dans les cas examinés par le Comité d’étude sur les décès dus à la violence familiale, la majorité des armes à feu utilisées ont été acquises légalement7Mémoire de Barbra Schlifer, par. 41, notes de bas de page omises [TRADUCTION]. . » En Ontario seulement, de 2006 à 2010, toutes les armes à feu utilisées dans les homicides familiaux ont été obtenues légalement8Mémoire de Barbra Schlifer, par. 41, notes de bas de page omises.. La présence d’une arme à feu dans une maison est le principal facteur de risque pour déterminer la létalité dans les cas de violence familiale9Ibid., par. 32, notes de bas de page omises. Ce facteur de risque pourrait être éliminé, ou du moins atténué, par un meilleur contrôle des armes à feu. Par conséquent, le fait d’aider à mettre en place davantage de mesures de protection en ce qui concerne les armes achetées légalement est une façon incroyablement significative d’aider à prévenir la violence contre les femmes et leurs enfants.
Pour illustrer le problème, voici les histoires de certaines des femmes et des enfants qui ont été touchés :
- En avril 2006, Francine Mailly et ses trois enfants, Jessica, Brandon et Kevin, ont été atteints de balles tirées par son ex-mari avec une carabine de calibre .22 à Cumberland, en Ontario. La police avait été appelée à plusieurs reprises à la maison familiale.
- En octobre 2006, Mila Yoynova et ses deux filles, Iva, 17 ans, et Alice, 10 ans, ont été tuées à Beaconsfield (Québec) par son mari qui utilisait une arme de poing légale.
- En décembre 2006, à Brockville (Ontario), Stefanie Stevenson a été tuée avec un fusil utilisé par son ex-mari qui avait déjà été reconnu coupable d’avoir proféré des menaces contre elle.
- En décembre 2009, à Saguenay (Québec), Marie-Josée Desmeules a été tuée par son mari, qui s’est par la suite suicidé10The Case For Gun Control..
Les obligations du gouvernement en vertu de l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés
Le projet de loi C-71 est un bon départ, mais il ne va pas encore assez loin
L’ANFD appuie l’approche selon laquelle il faut tenir compte du cycle de vie complet d’une personne avant de déterminer si elle est admissible à l’obtention d’un permis d’armes à feu. Par conséquent, nous félicitons le gouvernement d’avoir supprimé de la Loi sur les armes à feu14Loi sur les armes à feu, L.C. 1995, ch. 39, par. 5(2). la référence à l’examen d’une période de cinq ans seulement lorsqu’il s’agit de déterminer si quelqu’un devrait ou non être admissible à un permis d’armes à feu.
L’ANFD appuie également l’abrogation par le gouvernement de la disposition permettant au gouverneur en conseil de déclasser la classification d’une arme à feu lorsqu’elle répond à un critère plus élevé tel que prescrit par le Code criminel, ainsi que le rétablissement de la classification interdite de deux groupes d’armes à feu, soit les fusils CZ-858 et la famille Swiss Arms, qui ont été déclassés en 2015 par le gouvernement précédent.
Bien qu’elle appuie généralement le projet de loi C-71, l’ANFD recommande qu’il soit renforcé de la façon suivante:
Conclusion
Bien qu’il reste encore beaucoup à faire pour remédier à la situation des innombrables femmes et enfants au Canada qui sont menacés, blessés et même tués par des armes à feu, l’adoption des recommandations proposées dans le présent mémoire apporterait une contribution importante en aidant à renforcer davantage le projet de loi C-71.
De plus, il faudrait entreprendre un examen complet des armes à feu à autorisation restreinte ou prohibées. Le gouvernement fédéral doit interdire les armes d’assaut militaires et les fusils de précision. L’AR-15, le pistolet utilisé dans les fusillades de masse répétées aux États-Unis, est disponible comme arme à autorisation restreinte au Canada, et le Ruger Mini 14 est vendu comme arme à feu sans restriction. La disponibilité de ces deux armes à feu doit être évitée. Le gouvernement devrait également envisager de mettre en œuvre des approches novatrices. Par exemple, énumérer ce qui est permis, plutôt que ce qui est interdit, aiderait à réduire la capacité des fabricants de contourner les règlements.
Les femmes continuent d’être menacées et tuées avec des armes à feu, même dans leur propre domicile. Elles ne peuvent pas et ne devraient pas attendre plus longtemps pour des contrôles des armes à feu plus musclés et plus efficaces. Le temps est venu de renforcer les lois canadiennes sur le contrôle des armes à feu et de rendre le Canada plus sûr pour les femmes et leurs enfants.
Bibliography
Legislation
Bill C-71, An Act to Amend Certain Other Acts and Regulations in Relation to Firearms, 1st Sess, 42nd Parl, 2018.
Firearms Act, SC 1995, c 39.
The Constitution Act, 1982, Schedule B to the Canada Act 1982 (UK), 1982, c 11.
Jurisprudence
Barbra Schlifer Commemorative Clinic v Canada, 2014 ONSC 5140, 121 OR (3d) 733.
Reference re: Firearms Act (Can.), [1998] AJ No 1028 (CA).
Secondary Materials: Articles
Coalition for Gun Control, Press Release, “Federal Government Takes Important First Step with New Federal Gun Regulations but Stronger Measures Still (or Gun Sale Controls) Needed” (March 20, 2018).
Press Release, “The Case for Gun Control: Reducing Domestic Homicide,” (2015).
Factum for the applicant, Barbra Schlifer Commemorative Clinic, (April 10, 2014) in the case of Barbra Schlifer Commemorative Clinic v Canada, 2014 ONSC 5140, 121 OR (3d) 733.
PolySeSouvient, News Release “Victims group condemns bill that provides bare minimum and fails to put public safety first” (March 20, 2018).

